Nos voisins

Quand tu te retires du monde
Le monde ne s’arrête pas pour autant
Ne se retire pas
Quand tu vas dans le vaste monde
Tu ne deviens pas vaste pour autant
Quand tu te prives de la multitude
Tu n’occupes pas pour autant ta solitude
Tu ne l’élargis pas
Quand tu te chasses du bruit
Tu ne découvres pas pour autant le silence
Quand tu te coupes les branches
Tu n’augmentes pas pour autant
La sève qui irrigue ton front

(extrait « Au fond de ma barque » – Seyhmus Dagtekin)

Sous la couche épaisse de nos actes,
notre âme d’enfant demeure inchangée ;
l’âme échappe au temps.

(extrait « La Fin de la nuit » – François Mauriac)

J’ai la tête ailleurs
Je suis pas meilleur
Ni pire qu’à vingt ans
Je suis bien le même
Qui te dit je t’aime
Mais de temps en temps
Je suis dans la lune
Couché sur les dunes
Ou les pieds dans l’eau
Certains jours de fête
Il y a dans ma tête
Un petit vélo

(extrait « La tête ailleurs » – Paroles et Musique: Gilbert Laffaille)

« Les musées préservent notre passé,
le recyclage préserve notre avenir. »

Citation de Theodor W. Adorno

Pendant dix ans, de 1925 à 1935, Bartlebooth s’initierait à l’art de l’aquarelle.

Pendant vingt ans, de 1935 à 1955, il parcourrait le monde, peignant, à raison d’une aquarelle tous les quinze jours, cinq cents marines de même format (65 X 50, ou raisin) représentant des ports de mer. Chaque fois qu’une de ces marines serait achevée, elle serait envoyée à un artiste spécialisé (Gaspard Winckler) qui la collerait sur une mince plaque de bois et la découperait en un puzzle de sept cent cinquante pièces.

Pendant vingt ans, de 1955 à 1975, Bartlebooth, revenu en France, reconstituerait, dans l’ordre, les puzzles ainsi préparés, à raison, de nouveau, d’un puzzle tous les quinze jours. A mesure que les puzzles seraient réassemblés, les marines seraient «retexturées» de manière à ce qu’on puisse les décoller de leur support, transportées à l’endroit même où – vingt ans auparavant – elles avaient été peintes, et plongées dans une solution détersive d’où ne ressortirait qu’une feuille de papier Whatman, intacte et vierge.

Aucune trace, ainsi, ne resterait de cette opération qui aurait, pendant cinquante ans, entièrement mobilisé son auteur.

(extrait « La Vie mode d’emploi » – Georges Perec)
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